L’impact de la situation géopolitique actuelle avec notamment la fermeture du passage du détroit d’Ormuz nous rappelle les incertitudes pesant sur le trafic mondial et, de ce fait, sur les marins embarqués.

Les attaques menées contre des navires marchands en mer Rouge, dans le contexte des tensions régionales liées au conflit à Gaza, avaient déjà fortement perturbé le trafic maritime via le canal de Suez depuis novembre 2023. En réponse, la majorité des compagnies maritimes internationales et des majors pétrolières (dont TotalEnergies pour le transport de GNL) ont redirigé leurs itinéraires via le cap de Bonne-Espérance, ce qui a provoqué une augmentation des durées de transport (jusqu’à 12 jours supplémentaires). Si nous reprenons les 3 catégories définies par Karazek dans son modèle d’évaluation du stress au travail (charge de travail, latitude décisionnelle et soutien social), nous pouvons noter que le facteur de latitude est fortement impacté et, en moindre mesure, la charge de travail inhérente aux contraintes organisationnelles (changement de port, délais de trajet, charges administratives supplémentaires). Ces incertitudes et leurs effets sur les embarquements des gens de mer - allongement des durées d’embarquement, difficultés voire impossibilités de rapatriement - nous rappelle la période de la pandémie de Sars CoV-2. Le risque de résurgence de pathologies psychiques en lien avec des états de stress post traumatique est réelle et à prendre en compte. Depuis la pandémie, une avancée majeure pour les marins a été la prise en compte de ceux-ci comme personnel essentiel lors d’une conférence conjointe de l’OMI et de l’OIT. Cette reconnaissance doit leur faciliter les passages transfrontalier et l’accès aux soins notamment.

De même, jeune naissant, le CRAPEM a pu développer et consolider son offre de soutien aux gens de mer. Avec le CCMM, le SSGM et d’autres structures internes aux armements, la prise en charge des gens de mer dans ces situations est bien présente, mais nécessite une information constante sur son existence et les moyens de les contacter.

Un autre impact sur la santé des gens de mer est l’augmentation des difficultés pour le bord à s’approvisionner en médicaments et à avoir accès à des soins à terre. En effet, il est complexe de débarquer un marin pour des soins à terre dans une zone à risque de bombardement.

Tout dernièrement, les expositions environnementales aux fumées d’hydrocarbures en combustion sont venues s’ajouter à cette liste de risques auxquels sont exposés les marins dans ces zones géographiques.

Nous ne pouvons oublier dans ces circonstances l’impact au sein de la Marine Nationale et pour nos collègues qu’ils soient embarqués ou à terre.  Nous apportons notre soutien à l’ensemble des gens de mer civils et militaires.

Dr David Lucas

Président